Il ne fait aucun doute que les technologies de l'information et de la communication (TIC) rehaussent la productivité lorsqu'elles sont utilisées de façon stratégique. Pourtant, le Canada accuse un retard considérable par rapport à ses plus grands concurrents étrangers en matière d'adoption des TIC; c'est là un fait qui explique beaucoup notre manque de productivité.
De nombreuses études menées au cours des cinq dernières années illustrent ce point. La première étude d'importance sur l'impact de l'investissement dans les TIC sur la croissance de la productivité au Canada a été publiée en novembre 2000 par le Conference Board du Canada. Voici la conclusion de cette étude : « L'investissement dans les TI contribue maintenant davantage à augmenter le taux de croissance du PIB, passant de pratiquement 0 % dans les années 1980 à environ 0,4 % à la fin des années 1990, soit 0,1 % de plus qu'au début des années 1990. C'est là un changement significatif qui connaît une tendance à la hausse. En fait, l'impact de l'investissement dans les TI sur la croissance du PIB est presque aussi important que celui de l'investissement dans les domaines autres que les TI. Cela est particulièrement remarquable lorsque l'on sait que les sommes investies dans les TI ne représentent qu'environ cinq pour cent du capital des entreprises, tandis que les autres investissements accaparent 95 % de leur capital. »
Les preuves en ce sens n'ont fait que s'accumuler depuis, comme en fait foi le déclin continu de notre compétitivité. Le Rapport sur la compétitivité mondial en 2006-2007, publié le mois dernier par l'Institute for Competitiveness and Prosperity, révèle que le Canada est passé de la 13e à la 16e place dans l'indice de la compétitivité mondiale.
L'Association canadienne de la technologie de l'information (ACTI) a mandaté une étude l'an passé auprès du Centre d'étude des niveaux de vie, afin de déterminer pourquoi le taux d'adoption des TIC au Canada est à ce point inférieur à celui aux États-Unis. (Dans le secteur des affaires canadien en 2004, le ratio de l'investissement dans les TIC par rapport au PIB ne représentait que 66 pour cent de celui dans le secteur des affaires américain.)
Plusieurs facteurs ont été mis au jour, dont la proportion beaucoup plus grande de PME au Canada qu'aux États-Unis et le fait que les PME sous-investissent habituellement dans les TIC. D'après l'étude, la composition structurelle joue également un rôle - les États-Unis comptent beaucoup plus d'industries qui reposent fortement sur les TI que le Canada. Au niveau de l'investissement dans les TIC par travailleur, l'étude indique que les Canadiens sous-investissent dans les TIC dans 15 secteurs d'activité sur 17. Les secteurs qui faisaient exception étaient les arts, le divertissement, les loisirs et les services éducatifs.
Pendant ce temps, d'autres pays occidentaux et des pays émergents ont élaboré des stratégies nationales et consacré amplement de temps, d'argent et d'énergie à la technologie pour se placer rapidement sur la bonne voie en matière de compétitivité.
Plus particulièrement, les petits pays nordiques s'engagent tous à offrir des ressources publiques éducatives afin d'aider à faire avancer les TIC. Ils offrent aussi des programmes de formation rigoureux afin de s'assurer que la main-d'oeuvre connaît bien la technologie. Enfin, ces pays estiment que l'innovation constitue une priorité; ils encouragent et appuient la recherche et le développement. Ces efforts portent fruits.
Les pays scandinaves, Singapour, le Royaume-Uni et les États-Unis - et non le Canada - sont maintenant en tête sur le plan de la capacité de leur marché à adopter les TI. De plus, au cours des prochaines décennies, le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (appelés les « pays BRIC ») représenteront une force beaucoup plus grande dans l'économie mondiale.
Nos importants concurrents étrangers utilisent aussi des méthodes pour accélérer l'adoption des TIC. De nombreux pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) offrent des avantages fiscaux reliés aux TIC pour stimuler l'économie. Ils traitent les immobilisations dans les TIC d'une façon plus avantageuse que le Canada. Plus particulièrement, le Japon, la Corée et l'Espagne ont mis en place des crédits d'impôt applicables à l'équipement de TIC. Les pays émergents tels que la Chine et l'Inde ont également divers incitatifs fiscaux relatifs à l'adoption des TIC, afin d'aider à stimuler la croissance. En comparaison, les incitatifs fiscaux du Canada sont surtout intégrés au système de déductions pour amortissement (DPA). Au Canada, il n'existe pas de crédits d'impôt pour les immobilisations dans les TIC.
Il est clair que le Canada accuse du retard par rapport aux pays étrangers. La tâche consiste maintenant à repartir du bon pied. Pour effectuer un changement véritable, il est plus efficace de modifier les habitudes d'achat, surtout dans les PME.
Il est évident que les acteurs de l'industrie des TIC doivent travailler ensemble pour réduire la complexité et livrer des solutions adaptées au marché des PME. D'abord et surtout, les solutions de TIC doivent aider les PME à exceller. En tant qu'industrie, nous devons prouver aux PME que les investissements stratégiques dans la technologie les aideront à franchir bon nombre de leurs obstacles, dont le capital minimal, le manque de professionnels TI qualifiés et la frustration par rapport aux normes et à l'interopérabilité insuffisantes, ainsi que la difficulté à évaluer concrètement le rendement de l'investissement.
Pour appuyer davantage les PME et stimuler la croissance économique, je crois qu'il importe aussi d'appliquer la recommandation récente du Groupe d'étude sur les télécommunications, que l'ACTI appuie également, voulant que le gouvernement fédéral crée à l'intention des PME un crédit d'impôt pour l'adoption des TIC. Voilà qui constituerait un incitatif efficace encourageant les petites entreprises à adopter les TIC. Pour qu'un changement réel se produise, nous devons délaisser l'idée de simplement faire tomber les obstacles et viser plutôt à créer de véritables incitatifs encourageant les PME à adopter les TIC à 100 pour cent.
Une étude internationale sur l'adoption des TIC montre que jusqu'à tout récemment, ce sujet n'a pas été prioritaire pour les stratèges et les organisations au Canada. Le Canada est lent à réagir, tandis que d'autres pays ont mis en place depuis quelque temps déjà des programmes visant à stimuler la demande pour les TIC.
Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre encore; ces questions sont aujourd'hui plus importantes que jamais. Les fournisseurs et les associations en technologies doivent collaborer avec les groupes gouvernementaux afin d'apporter un changement qui aura une influence positive sur notre productivité. Notre avenir en tant que pays concurrentiel en dépend.
M. Tsaparis siège également au conseil d'administration et au conseil de direction de l'Association canadienne de la technologie de l'information (ACTI) à titre de président, ainsi qu'au conseil des gouverneurs de l'ACTI.